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Nous vous l’avons présenté il y a quelque temps. Il s’agit du maitre incontestable de la musique Tsapiky. Le grand Damily lui-même répond aujourd’hui aux questions de POPMUSE dans cette interview exclusive qu’il nous a accordée. Tout ce qu’il y a à savoir sur le tsapiky, Damily vous le dira dans jusqu’aux plus petits détails.  Suivez plutôt cet échange très instructif concocté par Damily et POPMUSE portant sur lui-même et de son groupe, ainsi que l’art qu’il pratique.


Pour commencer, pouvez-vous présenter le groupe ?

Tuléar, qui fait du tsapiky depuis la fin des années 80. Actuellement, nous sommes 5 : Rakapo basse, Naivo batterie, Gany Gany chant, Claude chant et moi, Damily, à la guitare.

Vous faites du TSAPIKY, racontez-nous un peu ce qu’est vraiment cette musique ?

Culture musicale de la région de tuléar, née à la fin des années 80, et qui continue de vivre jusqu’à maintenant. Elle anime les cérémonie traditionnelles (famadiana, savatsy, fandevena etc.) La musique est basée sur la guitare, avec une rythmique basse-batterie, chant. Ce sont les mêmes instruments que le salegy, mais c’est complètement autre chose : c’est un rythme binaire, en 4 temps, ça ne tourne pas du tout pareil. Cette musique s’est inventée avec l’influence directe de l’accordéon Masikoro, du marovany et des mandaliny.

Le TSAPIKY, est-ce aussi une danse ?

Oui bien sûr, il y a aussi la danse. C’est même fait pour ça. La figure la plus populaire c’est le kininiky mais en fait il y en a beaucoup d’autre (balantsy, aolaky, minotsoky, alio bageda, etc.). Le Tsapiky c’est un rythme, et les danses qui vont avec sont multiples, chaque endroit son style.

Peut-on le classer comme musique traditionnelle ou plutôt moderne ?

Justement, on ne peut pas trop la classer, parce qu’elle remplit le rôle de la musique traditionnelle, et puis bien souvent elle a le même répertoire : le tsapiky est joué aussi à l’accordéon, au marovany et à la mandaliny, et du coup les compositions voyagent d’un musicien à l’autre, d’un instrument à l’autre. Certains appellent ça « tradi-moderne », en fin de compte ça a suivi l’évolution technique (les instruments), mais c’est bien toujours la même chose, une partie chantée, et après, le kilatsaky, pour danser.

Que représente le TSAPIKY pour vous ?

C’est ma vie! J’ai commencé avec et je vais finir avec.
Et pour les gens du sud-ouest de Madagascar ? Eux qui sont les plus exposés à ce genre de musique.
Le sud ouest, c’est plus vaste que le territoire du Tsapiky, mais en tout cas dans la région de Tuléar, c’est leur vie aussi, les gens vivent avec ça, dans les cérémonies comme à la maison. C’est vrai en ville, mais aussi dans la campagne. Il faut savoir qu’il y a des orchestres partout dans les campagnes, et qu’il y a énormément de musiciens qui jouent. du coup, ça rythme la vie de tous les jours, et les grandes occasions aussi.

Pouvez-vous citer quelques grands noms de la musique TSAPIKY ?

De mon époque et qui ont commencé en même temps que moi, Kaboto, Boloky, Teta, Saïd, Dedaky, Jean-noël…

Vous êtes l’ambassadeur du TSAPIKY à l’étranger, comment considèrent-ils votre musique ?

Ceux qui connaissent Madagascar connaissent plus la musique du nord et d’Antananarivo ou du grand sud, Tuléar est un monde à part! Avant les années 2000, personne dans le pays ne nous connaissait, alors que ça faisait une bonne dizaine d’années qu’on jouait non stop toute l’année, et partout. « Toliara tsy miroro », c’était vrai à cette époque là parce qu’on entendait des guitares électriques de partout, sans arrêt. Donc, en général, connaisseurs de Madagascar ou non, c’est encore quelque chose de nouveau pour beaucoup de gens. La façon de jouer de la guitare, de se caler sur la basse-batterie est spéciale, c’est intéressant pour eux. Mais en règle générale, les étrangers comme les malgaches trouvent ça irresistible et tout le monde danse.

Quelle est la plus grande scène pour vous avez fait ?

Roskilde Festival au Danemark, Paleo Festival en Suisse, Africa Oyé en Angleterre, FFMM au Portugal…

Les paroles de votre musique ont-elles un thème particulier ?

Non, il n’y a pas de thème particulier.

Avez-vous des messages à faire passer dans votre musique ?

Que la musique soulage la misère…
A Tuléar, traditionnellement on est formé avec l’idée que c’est la musique qui permet de rentrer en contact avec les ancêtres. Donc, non, je n’ai pas de message particulier à faire passer dans ma musique, mais de l’émotion. Ce qui est bien plus difficile.

Plus de 20 de scène, avez-vous quelque chose à partager avec la nouvelle génération ?

Ma carrière arrive à ses 30 ans, et je regarde attentivement ce qu’il se passe en ce moment pour la musique malgache, et de Tuléar. Oui, j’ai des choses à partager avec la nouvelle génération, mais comme je suis loin, je ne peux pas transmettre directement mon message. Des fois je m’énerve un peu quand je vois les clips vidéos, parce que c’est pas ça, la musique elle est pas là. Faire de la musique c’est pas faire le beau, c’est donner ses tripes. C’est du travail et c’est sérieux.

Quels sont vos projets à venir ?

Il y a un nouvel album en préparation, et des concerts.

Si on va en France, où peut-on vous trouver ?

Ça dépend du programme de ma tournée 😉

Un petit mot pour finir ?

Tahio ny antena fa ny anolo tsy omeny…vive le tsapiky!

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Nos vifs remerciements à Damily de nous avoir accordé du temps pour cette interview !

Credit photo © Antonio Franco | www.antoniofranco.net
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Contributeur principal chez POPMUSE, résidant à Mada bien sûr, je suis sur Tanà actuellement. N'oubliez pas de me suivre sur facebook @popmuse.mg et twitter @popmuse_mg.


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