Régis Gizavo R
Nom complet :Régis Gizavo
Date de naissance : 16 juin 1959
Lieux de naissance :Toliara
Genre musical :Musique traditionnelle

Depuis la reprise de “Fields of Gold” par le groupe corse I Muvrini et l’Anglais Sting, auteur de ce tube mondial, le chorus du Malgache Régis Gizavo est entré dans toutes les oreilles. Depuis cette superbe improvisation, Régis se trouve hissé au rang des plus grands accordéonistes du moment.


Tuléar, 1971 – Dans une case du quartier de Mahavatse, un groupe de gamins armés d’instruments de fortune, interprète des airs entendus à la radio – variété française ou américaine, musique sud-africaine ou mozambicaine, au gré des ondes qui atteignent cette contrée oubliée, à l’extrême sud-ouest de Madagascar.

Dans une case voisine, une femme est en transe. Entourée de parents, elle est en proie aux caprices d’esprits qui la secouent et la transfigurent. Tout à coup, elle perçoit le son de l’accordéon derrière le mur, et la voilà prise d’une frénésie de danse. L’accordéon, c’est par excellence l’instrument de la transe; dans cette région les accordéonistes sont de toutes les cérémonies, de toutes les fêtes.

Vite, on envoie chercher le musicien providentiel. Surprise : c’est un enfant de douze ans, Régis Gizavo, qui s’enfuit à la vue de la femme possédée ! On le rattrape et on le ramène de force. Il jouera les yeux fermés, terrifié, mais parviendra peu à peu à calmer les esprits et à délivrer la femme.

L’ambivalence du talent de Régis Gizavo est toute entière dans cette anecdote.

Fils d’un instituteur aux idées modernes, qui jouait de l’accordéon musette et l’enseigna à cinq de ses treize enfants, Régis a poursuivi des études de gestion jusqu’en Faculté, et pratiqué toutes sortes de genres musicaux dans son île et en Europe, où il réside depuis 90.

Mais dans son ethnie Vezo (pêcheurs de la côte sud-ouest malgache), et dans toutes celles qui peuplent la région de Tuléar (Masikoro, Mahafaly…), l’accordéon a une connotation religieuse trop puissante pour que Régis n’en soit pas, un tant soit peu imprégné. Tous les étés il retournait au village de sa mère, Tampolo, de l’autre côté du fleuve Mangoky, où il écoutait jouer les accordéonistes traditionnels et s’il na pas appris les musiques de transe, il a grandi dans leurs pulsions, et leurs grooves lancinants viennent naturellement sous ses doigts.

Régis avait à peine six ans lorsqu’il animait les fêtes de son école avec l’accordéon diatonique de son père, le plus courant à Madagascar. Lorsque Régis a 12 ans, son père fait l’acquisition d’un accordéon chromatique à touches clavier dont le fils fait immédiatement l’apprentissage. Sur cet instrument il se constitue un répertoire varié, à la fois traditionnel et moderne.

A quinze ans il est embauché par un groupe semi-professionnel, les Sailors, qui accompagnent la chanteuse Angeline en concert et à la radio. L’accordéon appartient au patron, comme c’est souvent le cas à Madagascar ; Régis n’aura son propre instrument qu’en 90.

Déjà, son interprétation de la tradition sort des chemins battus : il joue au chromatique de la musique faite pour le diatonique, ce qui lui donne une accentuation différente. Lorsqu’à 19 ans il entame une carrière professionnelle, c’est avec l’accordéon chromatique à boutons d’un vieil ami – nouvelle technique encore, nouvel apprentissage.

A vingt-cinq ans, après les études, il entreprend un périple à travers l’île qui lui permettra de jouer avec de nombreux musiciens traditionnels et modernes. C’est ainsi qu’il se produit dans chaque ville de Madagascar avec des instruments de louage, accordéons de tous genres mais aussi valiha ou guitare.

Dès 89 il a commencé à enregistrer ses propres compositions avec Landy, une chanteuse de Tuléar installée à Tananarive. Il fonde aussi le groupe Jihé avec le guitariste D’Gary, qu’il connaît depuis Tuléar. En 1990, lauréat du concours musical « Découvertes » organisé par Radio France Internationale, Régis débarque en Europe où le milieu musical lui fait un accueil chaleureux et l’encourage à tenter une carrière internationale (Manu Dibango, Ray Lema, Geoffrey Oryema, Lokua Kanza…). Le batteur Francis Lassus l’invite dans Bohé Combo, le groupe qu’il est en train de monter. Régis accompagne Graeme Allwright, joue sur les albums de Zao, Higelin, Les Têtes Brûlées… et retrouve épisodiquement son vieil ami D’Gary et le groupe Jihé.

Pour son premier album, Régis a fait un choix dépouillé, celui d’un duo avec le percussionniste David Mirandon. « »Nous sommes allés l’un vers l’autre, je ne lui ai pas imposé le style malgache de percussions, explique-t-il. Les compositions sont les siennes propres, celles d’un jeune artiste du monde aux goûts éclectiques – et non pas le répertoire traditionnel. »»

En 93 il devient l’accordéoniste attitré d’I Muvrini, en remplacement du jazzman Daniel Mille. Les quelques 300 concerts et sessions assurés en deux ans à leurs côtés ne l’empêchent pas de travailler à son premier album solo, qu’il enregistre autour de Novembre 95.

Quant à sa voix, elle a un cachet original, à la fois vibrant et velouté, qui n’est pas passé inaperçu du jury de RFI ni des leaders d’I Muvrini.

Discographie:

– « Mikéa » (1996) Indigo / Harmonia Mundi

– « Samy Olombélo » (2000) Indigo / Harmonia Mundi

– « Stories » (2006) Marabi / Harmonia Mundi

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